Par HEVELYN’Z
Le Djidji Ayokwe est un symbole culturel du peuple Atchan, également appelé Ébrié. À l’origine, cet instrument portait le nom de « Aya Yokue ». Dans la langue Atchan, « Aya » signifie arbre ou bois, tandis que « Ayokwe » désigne l’iroko, un arbre considéré comme sacré. Ce n’est que plus tard que le terme « Djidji », signifiant panthère, a été ajouté. La panthère, symbole de force et de puissance chez les ancêtres Atchan, a été associée à l’instrument pour traduire la puissance du peuple Bidjan. Ainsi est née l’appellation ‘’Djidji Ayokwe’’.
Le tambour aurait été sculpté par un artisan nommé Biegui. Selon la tradition orale, le roi Nandjui Abrogoua aurait ensuite demandé que cet instrument devienne un symbole commun à tous les villages Bidjan.
Ces villages, au nombre de sept dont Abidjan Adjamé, Abidjan Attecoubé, Abidjan Agban, Abidjan Santé, Abidjan Locodjro, Abidjan Anoumabo et Abidjan Cocody — partageaient ainsi un même symbole de puissance et d’unité.
Le Djidji Ayokwe occupait d’antan une place centrale dans la vie sociale et spirituelle du peuple Atchan. Ce gigantesque tambour, de plus de trois mètres de long et pesant près de 430 kilos, servait de moyen de communication entre les villages et le son pouvait porter sur une distance de 20 à 30 kilomètres. Mais il ne s’agissait pas seulement d’un bruit : chaque son constituait un message codé que seuls les initiés pouvaient interpréter.
Le message transmis différait selon que le tambour est frappé sur la lèvre supérieure ou la lèvre inférieure sculptée. Il pouvait annoncer un danger, une attaque, une réunion importante ou une situation exceptionnelle dans le village.
Bien plus qu’un simple tambour
Au-delà de sa dimension culturelle, le Djidji Ayokwe avait un caractère sacré, reposant sur des rituels de sang humain qui perpétuaient sa puissance lors de son utilisation. Selon la tradition, le tambour était confié à une seule personne chargée de le protéger, de le faire résonner et d’accomplir les rituels liés à sa puissance spirituelle.
L’iroko, arbre utilisé pour sa confection, ne pouvait être abattu sans cérémonies spécifiques destinées à obtenir l’autorisation des ancêtres.
Pour les anciens, le Djidji Ayokwe ne se limitait pas à un instrument de communication : il constituait également une force militaire pendant la période coloniale. Ce tambour indiquait avec précision les zones occupées par les colons.
Aujourd’hui, après plus d’un siècle d’absence depuis son rapt par les colons en 1916, le retour du Djidji Ayokwe en Côte d’Ivoire représente bien plus qu’une restitution d’objet. Pour les peuples Atchan et les villages Bidjan, il s’agit de la récupération de leur histoire, de leur dignité et de leur héritage culturel.








