Par HERVE GOBOU
L’École de la 2e Chance (E2C), une initiative audacieuse sur laquelle mise l’État ivoirien pour apporter des solutions au chômage des jeunes : le dispositif, lancé en 2022, s’adresse aux jeunes déscolarisés ou sans qualification, en leur offrant une formation pratique et une insertion professionnelle dans des secteurs porteurs.
Réponse au décrochage scolaire
Chaque année, des milliers de jeunes quittent l’école sans diplôme. L’E2C leur propose une alternative : reprendre confiance, acquérir des compétences et accéder à un emploi. Les filières ciblées sont celles où la demande est forte, comme la grande distribution, les services à la personne ou encore certains métiers techniques. Avec ce dispositif, la jeunesse ivoirienne a l’occasion de se rattraper en ce qui concerne sa formation et son insertion socio-professionnelle. En effet, des milliers de jeunes ratent leur vie quand la première expérience de formation n’a pas existé ou quand celle-ci s’est soldée par un échec précoce. Les parents, très souvent déboussolés par cet état de fait, ne savent à quel saint se vouer en pareille circonstance. Et leurs enfants sont ainsi privés d’une carrière professionnelle ou d’un emploi décent. Il fallait donc, pour l’Etat de Côte d’Ivoire, prendre le taureau par les cornes afin d’offrir de nouvelles perspectives d’insertion socioprofessionnelle à une bonne partie de la jeunesse concernée par cette situation.
Formations concrètes
En 2024, près de 250 jeunes ont été recrutés pour des formations dans les métiers d’aide à la personne : gouvernante, nounou, aide-soignante à domicile, agent de nettoyage, cuisinier. Ces professions, longtemps sous-estimées, sont désormais valorisées comme essentielles au tissu économique et social. Comme le dit l’adage, « il n’y a pas de sots métiers ». Plusieurs métiers et secteurs d’activités négligés jusque-là peuvent pourtant permettre à la jeunesse ivoirienne d’asseoir sa réussite socioéconomique. Dans le secteur de la cuisine, la pâtisserie et la boulangerie par exemple, les apprenants peuvent gagner leur vie en offrant des services de restauration, qui sont très demandés au quotidien par les populations.
Témoignages édifiants
Pour toucher du doigt la réalité du terrain, nous avons interrogé quelques jeunes ayant bénéficié de cette opportunité offerte par l’Etat ivoirien. Mariam Bamba, 22 ans, gouvernante en formation au Centre multisectoriel Mohamed VI de Yopougon, affirme : « J’ai quitté l’école en 3e ; je pensais que ma vie était bloquée. Grâce à l’E2C, j’ai appris un métier et je sais que je pourrai travailler. Je retrouve confiance en moi. ». Mariam Bamba n’est pas la seule à louer les mérites de cette opportunité. Koffi Jean, 19 ans, formé dans la Grande distribution, également au Centre Mohamed VI, explique l’espoir réel d’insertion socioprofessionnelle que représente l’école de la deuxième chance : « Avant, je vivais de petits boulots sans avenir. Aujourd’hui, je me prépare à intégrer un supermarché. C’est une vraie chance pour moi et pour ma famille. ». « J’ai toujours voulu travailler dans le domaine de la santé, mais je n’avais pas les moyens de poursuivre mes études. L’E2C m’a donné une formation pratique. Je peux désormais aider les personnes âgées et gagner ma vie dignement », se réjouit pour sa part, Sery Madeleine, la vingtaine révolue. Quant à Miezan Christophe, 21 ans, agent de nettoyage, il confesse qu’il était découragé après avoir quitté l’école. « L’Ecole de la deuxième chance m’a appris un métier utile et recherché. Je suis fier de contribuer à l’entretien des espaces publics et privés. », se satisfait le jeune Christophe…Comme on peut le constater à travers ces témoignages, l’E2C constitue une alternative importante pour résorber le chômage en Côte d’Ivoire.

Partenariat public-privé gagnant
L’E2C est le fruit d’un accord entre le Ministère de l’Enseignement Technique et celui de la Jeunesse. Les entreprises locales participent activement à la formation et s’engagent à recruter les jeunes diplômés. Cette synergie garantit une meilleure adéquation entre les compétences acquises et les besoins du marché. Malgré des résultats encourageants, plusieurs défis subsistent : il s’agit, entre autres, d’assurer un suivi durable des jeunes formés, de multiplier les partenariats privés pour élargir les débouchés et de diversifier les filières vers des secteurs émergents comme le numérique et l’agriculture.
L’École de la 2e Chance incarne une promesse : transformer des parcours brisés en histoires de réussite. Elle redonne confiance, dignité et perspectives à une jeunesse ivoirienne qui refuse de rester en marge. Riche de 585 jeunes formés et certifiés en 2025, l’E2C constitue un véritable levier contre le chômage des jeunes ; un levier à accroitre davantage tout en veillant à en garantir la durabilité.








