Par K. Bruno
Malade dès son adolescence, contrainte d’abandonner l’école en classe de 4ème, Viviane Ehui aurait pu voir ses rêves s’éteindre. Pourtant, elle a choisi de transformer ses épreuves en tremplin. Aujourd’hui experte en alphabétisation et poétesse reconnue, elle incarne la résilience et la force de l’écriture. Malade et hospitalisée, elle est contrainte d’arrêter l’école en 4ème.
Epreuve de la maladie et choix de l’indépendance
En 1984, sa vie bascule. Hospitalisée à plusieurs reprises, Viviane doit renoncer à l’école. Les années suivantes sont marquées par la douleur et la fragilité. « J’ai connu deux hospitalisations dans la même année scolaire (1984-1985). La première a duré deux semaines. La seconde m’obligera à passer trois mois à l’hôpital parce que ma santé s’était davantage dégradée ».
Viviane Ehui se bat durant trois ans pour demeurer en vie. « Il m’était impossible de réagir et de répondre à ma mère inquiète. Je n’avais que la main pour lui faire signe que je l’entendais », raconte-t-elle. Mais malgré les rechutes, elle refuse de se laisser briser. « La survie avant tout », lui avait dit son médecin. Elle opère le choix de rester à la maison.
Elle fond en larmes. Conduite à l’hôpital, elle y est retenue pour la troisième hospitalisation. Cependant, rien n’était perdu pour Viviane Ehui, malgré les vicissitudes. Etat de santé dégradé et près de la détresse totale, Viviane Ehui aurait pu abandonner surtout que les difficultés se multipliaient.
Alors que la société lui suggère le mariage comme échappatoire, Viviane décide de tracer son propre chemin. Elle refuse de s’enfermer dans une vie qui ne correspond pas à ses aspirations. « J’étais livrée à moi-même. J’ai ainsi eu l’opportunité de me marier. Cependant, j’y ai renoncé à aller plus loin après la rencontre entre les deux familles, parce que j’avais une autre vision de la vie. Je trouvais que ce serait m’enfermer si je me mariais ». Ce choix marque le début de sa quête d’autonomie et de savoir.
Apprentissage, informatique, alphabétisation et engagement social
À la fin des années 90, elle découvre l’informatique. D’Abidjan à Bouaké, elle se forme, devient assistante universitaire, puis consultante et formatrice. Cette étape lui ouvre les portes de l’écriture numérique et de l’entrepreneuriat social.
« En gérant la cabine téléphonique de mon oncle, je fais la connaissance d’un monsieur, spécialisé dans la maintenance informatique. Avec lui, j’apprends. Dans le bénévolat, mes compétences sont reconnues par un professeur de l’Université de Bouaké. Il me coopte pour être son assistante. En 2002, au déclenchement de la rébellion, je quitte Bouaké pour à Abidjan ».
Plus tard, elle fait la rencontre d’une écrivaine, Mme Koffi Bernadette Akissi. Viviane Ehui s’occupe du traitement de textes de cette dernière : un savoir-faire recherché, en ce temps-là. Le premier livre sort en 2008. Des idées commencent alors à germer dans la tête de Viviane Ehui qui veut entreprendre une activité pour son compte. Que faire ? S’interroge-t-elle. L’alphabétisation : « autodidacte, j’ai compris que quand on a les bases en lecture et en écriture, on peut, avec de la volonté et de la détermination, s’auto-former. J’ai voulu donner cette opportunité à ceux qui en avaient besoin », rassure-t-elle.
Autodidacte, Viviane comprend que la lecture et l’écriture sont des clés d’émancipation. En 2025, elle fonde son centre « Bla Blasouhan » qui signifie, « Viens apprendre », ou « Femme, viens apprendre » à Koumassi, dédié aux commerçants et commerçantes. Elle y enseigne avec patience, convaincue que chacun peut apprendre à écrire son avenir.
Mais, Viviane Ehui prend du recul. « Certains apprenants négligents, ne mettent pas du sérieux » dans l’apprentissage. Après, quand ils ont pris conscience, certains ont demandé que je reprenne. Donc j’ai repris avec ces volontaires », soutient-elle. Viviane Ehui a transformé ses défis en opportunités. Aujourd’hui, en plus des cours d’alphabétisation qu’elle dispense, la jeune dame de niveau 4e, écrit des poèmes.
Naissance de la poétesse, leadership et reconnaissance
Un jour, un artiste professionnel lui demande d’écrire deux poèmes. C’est une révélation. Ses textes séduisent, et elle obtient un certificat en écriture au 6e Festival épistolaire des Hauts de France. Elle rejoint ensuite le Collectif international des poètes pour la paix et se produit sur scène avec le Groupe des poètes et slameurs de Port-Bouët en mai 2026, au Palais de la culture. Elle reçoit une attestation au Prix international de poésie Léopard Sedar Senghor, attribué par l’Académie internationale Léopold Sedar Senghor.
Viviane ne s’arrête pas là. En octobre 2024, elle participe au marathon « Courir pour elles » lors d’Octobre rose destiné aux femmes malades de cancer. Elle s’y produit avec son texte : « Elément vital et capital » pour parler du sein. Ainsi, par deux fois, elle passe devant le public de Plume Libre, une activité de l’Institut Goethe.
C’est donc à travers le bénévolat que Viviane Ehui découvre ses compétences en leadership. Elle obtient un certificat dans le cadre d’une activité en ligne : « l’initiatrice de l’activité en ligne est certifiée en leadership par John Maxwell. A l’occasion de la 3e édition du Leadership Day tenue à Toronto au Canada en 2023, j’ai animé un atelier et écrit un poème et une chanson sur le leadership des jeunes », déclare-t-elle.
Elle publie ses chroniques sur Facebook sous le nom « Voix d’une Muse debout ». A travers ses textes, elle donne une voix aux raisons de la vie qui ne sont pas toujours comprises, « pour encourager chacune et chacun à traverser les épreuves de la vie et à poursuivre son chemin, afin d’écrire son avenir de sa propre main ». Et ce n’est pas fini !
De la maladie à la poésie, Viviane Ehui a fait de ses fragilités une force. « Mon avenir, je l’écris de ma main », affirme-t-elle. Son parcours est une leçon de courage et un modèle pour tous ceux qui refusent de céder face aux épreuves.













