Par K. Bruno
Le 11 août 2026, le ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique, N’Guessan Koffi, a fait connaître ses 07 chantiers prioritaires pour l’année scolaire 2026-2027 qui s’ouvre le 14 septembre 2026. Parmi ces chantiers, il inscrit respectivement la formation, l’accompagnement constant et la valorisation du corps enseignant, des établissements scolaires sécurisés, propres et salubres ;
Il s’agit de recruter davantage d’enseignants bien formés, construire de nouveaux établissements et rénover les dégradés. Autrement dit, faire de l’accès et de la qualité sa boussole. En toile de fond, il entend relever deux défis : réduire les effectifs pléthoriques dans les classes et dispenser des enseignements de qualité aux enfants.
Infrastructures et effectifs scolaires en chiffres
Selon des données en sources ouvertes de la direction des études, des stratégies de la planification et des statistiques du ministère de l’Education nationale et de l’Agence nationale de la statistique (ANSAT), l’enseignement primaire comptait, en 2024-2025, 5 056 647 élèves contre 4 102 827 en 2020-2021 (+17,5%).
A la date indiquée (2024-2025), le secteur public enregistrait 3 918 536 élèves (77,49%), le privé, 1 076 756 (21, 29 %) et les écoles communautaires, 61 355 (1,21 %). En milieu rural, 2 414 496 (47,62 %) et en milieu urbain, 2 642 151 (52,38 %).
Sur la même période, le nombre d’écoles primaires est passé de 16 324 à 20 475 (+25,42%), et les salles de classes de 90 970 à 111 611 (+22,7%). Enfin, le secteur public absorbe la plus grosse part, soit 77,32% des écoles et 76,61% des salles de classes. Les effectifs d’élèves dans l’enseignement secondaire général, se situaient en 2024-2025 à 3 214 615, soit 2 048 920 au privé (64%) et 1 165 695 au public (36%).
En 2020-2021, ils étaient à 2 391 410 (+67,1%). Les établissements étaient au nombre de 390.Parmi lesquels, il faut noter 899 publics, et 3002 dans l’enseignement privé pour un total de 53 592 salles de classes reparties entre le public (15 800) et le privé (37 792).
Pour le reste, la Côte d’Ivoire a plus d’élèves dans le milieu urbain (2 887 303) en 2024-2025 qu’en milieu rural (327 312). La tendance reste la même, en termes de salles de classe en milieu urbain, soit 43 177 dans 2990 écoles secondaires publiques contre 10415 salles de classe en milieu rural pour 911 écoles.
Effectifs pléthoriques : un casse-tête pour les enseignants
Selon un expert en économie de l’éducation, du point de vue macro, après lecture de ces données, le ratio par classe s’établit de 41 à 50 élèves par classe selon le milieu. Mais, dans les faits, observations et témoignages recueillis auprès d’élèves, d’enseignants et de chefs d’établissements, dans la majeure partie des écoles publiques du pays, le nombre d’élèves par classe atteint les 50-60, voire plus.
En 2020, lorsqu’il était encore enseignant stagiaire au Collège moderne de Bingerville, aujourd’hui Lycée moderne, Assi J, dispensait en classe de 6ème, des cours d’anglais à 85 élèves. « C’est une chance si un enseignant a 50 élèves dans une classe. Sinon, il faut compter 60-70 élèves », soutient-il. Aujourd’hui, il est professeur titularisé dans un collège de proximité à 21km de Daoukro.
Au Lycée moderne de Zoukougbeu, l’observation est identique. « Ma fille est 6e dans ce lycée. Sur sa fiche de classement, j’ai vu qu’il y a 62 élèves dans sa classe. Et ils sont assis à 3 par table-banc. Pis, il n’y a pas d’éclairage dans les classes, par conséquent, les cours s’arrêtent à 16h », constate Félicité N’dri, parente d’élève. « Je dois dire qu’on a toujours fonctionné comme ça. Même si on s’en plaint, ça ne change pas, alors on fait notre travail autant que faire se peut. Un enseignant ne refusera pas d’enseigner sous le prétexte qu’il détient un effectif pléthorique. Nous faisons des efforts pour dispenser le meilleur des savoirs aux élèves, et lorsqu’ils réussissent, on en est fier », dit un enseignant de français dans cet établissement.
Néanmoins, reconnaît-il, ces effectifs au-delà de la norme recommandée par l’UNESCO (40 élèves par classe), ne facilitent pas la tâche aux enseignants. « Surtout que les autorités nous fixent des quotas aux résultats scolaires, que nous sommes tenus d’atteindre afin d’améliorer les indicateurs de performance, surtout dans les classes d’examens », conclut-il.
Une évaluation difficile
Au-delà des enseignements, la principale difficulté, selon Assi J, reste l’évaluation : « Le ministère impose 03 interrogations orales, 03 interrogations écrites et 03 devoirs par trimestre. Et c’est là que ça coince » parce que, « corriger 09 fois par trimestre, les copies de 50, 60 voire 70 élèves est pénible, surtout quand, l’enseignant détient 03, 04 ou 05 classes. En plus, faire les compte-rendu et préparer les cours, bref, ça fait assez de travail », soupire-t-il.
Et c’est sans compter avec les réunions convoquées par les directions régionales ou par l’établissement. « Souvent, des réunions sont annoncées alors que nous sommes en classe. Après nous sommes appelés à rattraper ces cours abrégés sans notre volonté. Les réunions sont importantes, mais il faut en faire moins », suggère l’enseignant. Il admet que « seule la passion du métier lui permet de trouver les ressources morales et physiques nécessaires pour tenir ».
Même avec de la volonté et de la détermination, les failles sont inévitables. Entre autres, la baisse de la qualité de l’enseignement puisque l’enseignant ne peut pas transmettre son savoir correctement ni appliquer des méthodes interactives, et ne peut effectuer un suivi personnalisé des élèves pour identifier les difficultés de chacun ou de s’adapter à son rythme d’apprentissage. « Sur ce point, l’on a développé quelque chose ici à Zoukougbeu. En fait, la vraie difficulté, c’est que nos enfants ne savent pas lire et compter lorsqu’ils arrivent en 6e. Comment peuvent-ils comprendre les cours ? Même en mathématique, si tu ne sais pas lire un exercice, tu ne peux pas comprendre le problème et trouver la solution », explique le professeur de français de la fille de Mme Félicité N’dri.
Ainsi, la direction de l’établissement a fait appel à des instituteurs qui viennent donner des séances de lecture aux élèves du collège une fois par semaine.« C’est une expérience nouvelle, on espère voir les résultats prochainement », dit-il. Restent encore les problèmes de promiscuité dans des salles surchargées, la chaleur, le bruit et le stress permanent pour les enseignants et les élèves, le maintien de l’ordre et de l’attention comme autres défis quotidiens à relever par le professeur.
Projet PCELFI : 05 nouveaux établissements d’excellence
Les conséquences sont nombreuses. Entre autres, les mauvaises notes, donc, l’augmentation de l’échec scolaire liée à un encadrement approximatif et, quelquefois, l’abandon ou le décrochage de certains élèves. A la rentrée scolaire prévue le 14 septembre 2026, la problématique des effectifs pléthoriques dans les salles de classe en Côte d’Ivoire se posera à nouveau. Et les mêmes causes produiront les mêmes effets.
Mais, le ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement technique et de l’Alphabétisation rejette cette fatalité. C’est le sens de la priorité 03 que le titulaire de ce département, N’Guessan Koffi, a défini, et qu’un expert en éducation décline dans le détail :« recruter plus d’enseignants pour atteindre un ratio cible maximal de 40 élèves par enseignant, avec priorisation des zones urbaines surchargées ; bien répartir les infrastructures et réhabiliter de l’existant pour corriger les déséquilibres régionaux ; renforcer la formation continue par la gestion des classes hétérogènes, des méthodes actives adaptables à des grands effectifs et s’approprier des outils numériques pour le suivi des apprentissages », écrit-il.
Sur la question des infrastructures, des projets sont en cours d’exécution. Par exemple, le Projet de construction et d’équipement de 04 lycées et un collège d’excellence avec internat pour jeunes filles (PCELFI) financé par la BOAD et l’Etat de Côte d’Ivoire. Selon le document officiel, les infrastructures seront réalisées dans 05 régions : Abengourou, Divo, Bouna, Korhogo et Man. Chaque lycée a une capacité d’accueil de 25 salles de classe pour 1000 élèves, et le collège a une capacité d’accueil de 16 salles pour 640 élèves.













