Interview réalisé par Marie-Ravor Freeman
À l’heure où la France revoit en profondeur les conditions d’accueil des étudiants étrangers, les familles ivoiriennes expriment leurs inquiétudes face à la hausse brutale des frais de scolarité, à l’augmentation du montant des ressources exigées et à la suppression de certaines aides au logement. Entre perception de barrière financière et discours institutionnel mettant en avant exonérations, bourses et compétitivité internationale, le débat est vif.
Dans cet entretien exclusif, Educ’Afrik interroge le Responsable de Campus France Abidjan, Josemar St-Victor afin de comprendre les motivations derrière ces réformes, leurs impacts concrets pour les étudiants ivoiriens et les dispositifs d’accompagnement mis en place.
Marie-Ravor Freeman : Monsieur le Directeur, plusieurs décrets récents suscitent une vive inquiétude chez les étudiants ivoiriens : la hausse des droits de scolarité, l’augmentation du montant des ressources exigées pour les étudiants étrangers et la suppression du droit aux APL. Ne craignez-vous pas que ces mesures traduisent une fermeture progressive de la frontière universitaire française à l’Afrique ?
Josemar St-Victor : Je comprends ce ressenti. Mais il faut distinguer chaque mesure. Concernant les droits de scolarité, la France reste l’un des pays où les frais sont parmi les plus bas comparés aux États-Unis, au Royaume-Uni ou à l’Australie. Pour un étudiant extra-européen, le montant de 2 895 euros correspond à une première inscription dans un cycle, et non à chaque année. Les étudiants déjà inscrits avant la rentrée 2026 ne sont pas concernés.
Marie-Ravor Freeman : Pourtant, pour une famille ivoirienne, passer de 170 euros à près de 3 000 euros représente un choc énorme. N’est-ce pas une barrière infranchissable ?
Josemar St-Victor : Oui, c’est une hausse significative. Mais il faut rappeler que le coût réel d’une année d’études en France dépasse 15 000 euros, largement pris en charge par l’État. De plus, des bourses comme France Excellence ou Éiffel, ainsi que des exonérations partielles ou totales, permettent d’alléger ce fardeau. Certains étudiants ivoiriens continueront à payer les 170 euros grâce à ces dispositifs.
Marie-Ravor Freeman : Mais pourquoi appliquer simultanément la hausse des frais, l’augmentation du montant des ressources et la fin des APL dès la rentrée 2026 ?
Josemar St-Victor : Je comprends que le calendrier puisse donner l’impression de mesures restrictives. Toutefois, chacune est accompagnée d’amortisseurs : exonérations, bourses, dispositifs alternatifs de logement. Il ne s’agit pas d’une fermeture, mais d’une adaptation aux réalités économiques et sociales.
Marie-Ravor Freeman : Justement, parlons du logement. Priver les étudiants ivoiriens non boursiers des APL ne risque-t-il pas de les condamner à la précarité ?
Josemar St-Victor : L’APL reste accessible aux étudiants boursiers et salariés. Par ailleurs, les étudiants extra-européens peuvent demander un logement en résidence universitaire via la plateforme trouverunlogement.lescrou.fr. Ce n’est donc pas une exclusion totale. Et rappelons que les étudiants peuvent travailler jusqu’à 964 heures par an pour compléter leurs revenus.
Marie-Ravor Freeman : Concernant les ressources financières, le minimum mensuel passe de 615 à 877 euros, et la caution bancaire de 7 000 à plus de 10 500 euros. N’est-ce pas un obstacle supplémentaire pour les familles ivoiriennes ?
Josemar St-Victor : C’est un ajustement réaliste. Les 615 euros étaient insuffisants pour couvrir le coût de la vie en France, surtout à Paris. Ce nouveau seuil évite que les étudiants se retrouvent en grande précarité. Les consulats privilégient d’ailleurs les justificatifs financiers réguliers et crédibles, plutôt qu’un gros montant bloqué à la dernière minute.
Marie-Ravor Freeman : Face à ces mesures, la France ne risque-t-elle pas de perdre son attractivité auprès des étudiants ivoiriens ?
Josemar St-Victor : La France reste compétitive en termes de rapport qualité-prix. Elle continue de financer massivement l’enseignement supérieur et de proposer des bourses d’excellence. Comparée à d’autres destinations comme le Royaume-Uni ou les États-Unis, elle demeure l’un des choix les plus accessibles.











